
KWOON, vient de sortir son nouvel album ODYSSEY, le 21 février 2025. À l’occasion de sa sortie, j’ai rencontré Sandy Lavallart dans un café du XIXe arrondissement de Paris.
Kwoon, qui es-tu ?
Je suis un garçon d’un certain âge et mon projet KWOON existe depuis pas mal de temps déjà ; ça doit faire presque 20 ans, ce qui est vieux ! Il est vieux parce qu’il y a eu une grosse pause de 8 ans au milieu ; au bout d’un moment j’avais envie d’arrêter et puis là, j’ai envie de reprendre.
Tu es tout seul sur le projet mais en live tu joues avec des musiciens, qui sont-elles/ils ?
Il y a eu plusieurs teams : là c’est la dernière, c’est le Kwoon 3.0. Au début, c’est la famille, les amis puis au fur et à mesure, quand tu es un peu exigeant, tu demandes des trucs un peu particuliers et il faut te tourner vers des zickos pros qui font que ça, comme toi. Chaque musicien non-professionnel a son temps à lui et c’est comme ça qu’il y a quelques personnes qui sont parties d’elles-mêmes, je respecte ces choix-là. Dans la team d’aujourd’hui, les trois autres sont d’Alsace. Ils sont très branchés metal, ils ont des groupes à côté. Qui dit metal dit un truc un peu carré, j’aime bien ces côtés là, même si dans Kwoon il n’y a pas forcément de touches metal…
Le point central, c’est Katia que j’ai rencontrée il y a dix ans. À l’époque, j’avais une fan base et j’envoyais des mails aux gens en France en leur communiquant le trajet de notre plan de route de tournée et je leur proposais, s’ils voulaient, qu’on fasse un concert acoustique chez eux, ce qui a super bien fonctionné ! Le principe, c’était aussi que ces fans invitent leurs amis et on faisait une petite soirée. On leur faisait le concert, eux ils nous donnaient à manger. Un jour, Katia était là et on est resté en contact à distance. On a eu chacun notre vie de notre côté et quand j’ai repris Kwoon, elle m’a dit que si je cherchais un batteur, il y avait son compagnon, Grégoire, qui pouvait être intéressé. J’avais une place qui se libérait à ce moment là et Katia, étant bassiste et claviériste, a intégré Kwoon avec Grégoire. C’est même elle qui m’a présenté Nicolas, le guitariste, qui jouait avec eux dans leur groupe de metal. Au final, je me retrouve avec une team de l’Est de la France !
Pourquoi est-ce que tu fais de la musique ?
La question c’est surtout, d’où vient cette petite drogue ? À onze ans, j’aimais des morceaux de piano, JEAN MICHEL JARRE, des trucs au synthé, même si aujourd’hui c’est un peu ringard 🙂 Mes parents n’avaient pas trop une culture musicale rock, je me suis rattrapé par la suite, mais donc je n’avais pas beaucoup de références. À l’époque, j’avais regardé ce qui se faisait et je leur avait dit que je voulais un piano pour faire comme ELTON JOHN. Ils m’ont offert un piano et j’ai fait un an de solfège. Au bout d’un an, j’ai fait ma crise de gamin et j’ai dit « j’ai plus envie de jouer », donc j’ai arrêté. Je pense quand même que cette année de solfège m’a un peu quadrillé l’esprit. Six ans plus tard, époque collège-lycée, années 90, la scène grunge de Seattle débarque avec NIRVANA, SOUNDGARDEN, les RED HOT, RAGE AGAINST THE MACHINE… ça arrive en trombe et pour des ados comme mes potes et moi, on avait les yeux écarquillés et les oreilles qui saignaient en se disant « mais qu’est-ce que c’est que ce son qui sort ? ». Et on était en transe ! Quand tu commences à avoir des idoles, au bout d’un moment tu as envie d’acheter ta guitare pour faire comme KURT COBAIN. Donc j’ai eu ma petite crise n°2 en disant à mes parents que je voulais une basse. Ils m’achètent une basse, une guitare pour mon frère et on se les prêtait. Au final, j’ai fait les deux et à partir de ce moment là, j’ai plus jamais lâché la guitare. J’ai fait de la gratte, de la basse et de la batterie pour m’amuser, de manière complètement autodidacte cette fois. À partir de là, j’étais piqué et c’était terminé. J’ai eu plein de boulots à côté, qui n’étaient pas liés à la musique et quand je rentrais chez moi, je faisais de la guitare. J’ai eu un premier groupe, un deuxième groupe, un troisième groupe et au bout d’un moment, je me suis dit « je veux faire mon projet » et c’est arrivé ! Aujourd’hui, je fais de la musique pour l’image donc mon boulot c’est 100% musique.
Comment est-ce que t’as réussi à trouver vraiment ce que tu voulais faire dans la musique en me disant c’est ce qui me ressemble ?
T’écoutes plein d’artistes et au bout d’un moment il y en a certains qui te frappent en plein coeur. J’ai eu ma période un peu californienne et après j’étais plus dans les sons plus mélancoliques. J’ai eu ma période metal aussi. Quand KORN est arrivé, ils ont fait plein de bébés français, MASS HYSTERIA, PLEYMO, etc… J’ai eu mon passage rock progressif, PINK FLOYD et compagnie et j’ai commencé à vraiment aimer ça en me disant que j’aurais aimé être ado dans les années 60-70. Je pense que ça devait être une période complètement hallucinante de voir ces extra-terrestres débarquer. Et après il y a eu les écossais de MOGWAI, post-rock, RADIOHEAD évidemment. J’écoute aussi de la pop, COLDPLAY, MUSE, des trucs « grand public ». Je suis pas très pointu dans ma connaissance du metal, je connais quelques trucs mais surtout les gros groupes. J’adore TOOL et A PERFECT CIRCLE, mais c’est facile, c’est trop gros, les puristes connaissent plein de trucs que je ne connais pas…! Voilà ma palette. Au final, ce qui sortait de moi, c’était cette couleur là, où il y a de la poésie et de la rage en même temps et c’est logique par rapport à ce que j’ai écouté !
Tu rapproches beaucoup la musique avec la nature et ce qui t’inspire autour de toi, avec tous les enregistrements que tu as fait en extérieur. Est-ce que tu as besoin de faire voyager ta musique ?
Tu tapes dans le mille ! C’est pour ça que le nouvel album s’appelle Odyssey. Je suis un « globe trotteur », je voyage pas mal en dehors de la musique et clairement les paysages, l’océan en N°1, m’inspirent énormément. Ça doit se voir dans ce que je fais, dans les textes que j’écris, où je parle beaucoup de la mer, des histoires de marins, des histoires dures mais qui sont vraies et belles. Je trouve que la nature nous remet, nous, les humains, à notre place tout le temps, quoi qu’il se passe. J’adore cette sensation d’être rien et de voir qu’à l’échelle planétaire et non à l’échelle humaine, l’humain c’est rien ! Dans 100 ans, on nous aura oublié, toi comme moi, et c’est pour ça que ça ne sert à rien de la ramener, pour de petites histoires… J’adore cet effet-là de grandeur. En France, en plus on a du bol, on a des paysages dingues ! Le truc que j’ai fait dans les Alpes, pour moi le truc le plus fou au niveau technique et danger, je recherchais cette adrénaline là, le fait de me prendre une claque ! …Et je me suis pris une enclume dans la tronche ! Parce que tu regardes où tu es, t’es au milieu de rien. C’est pas en haut d’un téléphérique, ils m’ont déposé en hélicoptère, il y avait du vide partout, j’étais attaché à un guide dans la montagne qui m’a dit « si je tombe là, tu sautes de l’autre côté » et inversement… Il faisait -20°C et très rapidement après le tournage, le vent s’est levé donc ressenti -25°C et étant donné que c’est très petit, je ne pouvais pas bouger, je me congelais sur place et je me suis dit « dans une demie heure, s’ils viennent pas nous chercher, c’est terminé ». Et j’adore ça ! Comme le surf, j’en fais beaucoup et ça m’impressionne. C’est super puissant de regarder la mer ou la montagne et c’est pour ça que ça m’inspire énormément.
En quoi est-ce que cet album est une odyssée ? Une épopée ?
Parce que ça va un peu partout, il y a la mer et il y a l’espace. Il y a plusieurs éléments, les étoiles, la vie sur Terre ses histoires et rien que ça, c’est une sorte de conquête spatiale et de grands explorateurs. Je trouve ça fascinant. Aujourd’hui, avec nos GPS, on connaît tout ! Avant, ceux qui partaient en mer ne savaient pas où ils allaient. Et l’inconnu me fascine, je trouve qu’il n’y a rien de plus beau. Quand je pars en voiture à l’étranger, la route tu la connais pas, certes tu es beaucoup moins perdu qu’avant mais j’adore cette sensation de découverte perpétuelle. D’où la petite montgolfière et la baleine sur la pochette de l’album. Ça fait aussi écho au petit sample du cétacé que j’ai mis dans le morceau Blue Melody de mon premier album.
Est-ce que tu te poses avant de faire la musique pour écrire les paroles ou inversement ?
Déjà, tout commence dans un lieu que je ne connais pas. Peut être que là, d’un coup, je vais prendre mon téléphone et je vais aller chanter, puisqu’à n’importe quel moment j’ai un thème qui arrive dans mes oreilles, comme si un petit lutin invisible venait me le chanter. Ça arrive je ne sais jamais quand. Et quand ces mélodies arrivent dans la tête, je suis comme un chasseur de papillon et il faut que j’attrape ce moment-là parce que j’ai déjà fait l’expérience de me dire que je l’écrirai plus tard, mais malheureusement le lutin est parti le siffler dans l’oreille d’un autre musicien et le son n’est plus là. Je murmure donc quelque chose, avec du yaourt, c’est dans mon téléphone enregistré et quand je rentre chez moi je commence à créer un petit noyau avec une guitare. Comme ça, je sais que je ne l’ai pas perdu. Puis, je commence à développer ce petit morceau et à ce moment là, je n’ai toujours pas de paroles. Dans mes morceaux, c’est probablement pour cela qu’il y a beaucoup de thèmes et qu’il se passe pas mal de choses. Je commence toujours ma cuisine comme ça, en faisant une mélodie de voix et dès que j’ai la couleur qui est en place, je vois une scène. Je ne fais pas le texte en premier, j’ai déjà essayé, ça n’a pas marché.
Tu es dans quel état d’esprit avec la sortie de ton album ?
Je suis content parce que ça fait 8 ans que je n’ai rien sorti, hormis quelques singles. Je suis déjà sur la suite, j’ai déjà enregistré un unplugged en demo (petit spoil) et ça me relance pour la suite. J’ai déjà d’autres titres pour l’album qui vient après, ça a relancé la machine. L’album qui sort là, je l’ai déjà beaucoup entendu et j’en ai marre (rires !) mais je suis content de le faire découvrir, sachant que 5 ou 6 titres sont déjà sortis en single. C’est très agréable de voir son objet comme ça en se disant qu’il y a tout son travail dedans.
Ton approche de la musique elle est plutôt individuelle ? Collective ? Les deux ?
Quand on est en mode groupe, ça me plaît d’être avec les autres. Ma team actuelle, c’est mes amours, on s’entend vraiment bien et parfois dans un groupe c’est pas évident. Il peut toujours y avoir des histoires d’ego, etc… j’en ai déjà eu des galères. Aujourd’hui ça se passe super bien et j’ai envie de partager plein de choses. Je suis déjà parti pas mal de fois à l’étranger avec Kwoon, on avait joué dans pas mal de pays et là, c’est reparti ! Je suis super content de leur faire partager et eux le sont aussi, parce qu’ils n’ont pas vécu ça avec d’autres groupes. Spoil N°2, on a eu récemment un tourneur chinois qui nous a contacté avec lequel on est en train de faire un deal. Le mec nous prépare une tournée pour le mois d’août. Il m’arrive de faire des dates en solo : je vais en refaire une en Roumanie dans un festival cet été mais quand t’es une team et que tu vis ces trucs très forts, c’est extraordinaire, j’adore ces moments de partage ! J’ai aussi besoin de ce côté humain. Je suis très sauvage, j’adore partir seul, me perdre dans des paysages, c’est une espèce d’introspection mais à côté, j’aime aussi le groupe !
Tu disais, tout à l’heure, que tu composais pour l’image….?
J’écoute pas mal de musiques de film donc HANS ZIMMER évidemment, DANNY ELFMAN aussi et ça fait partie de mes inspirations. Les BO des studios Ghibli aussi ! Ces touches de piano atmosphériques calmes et les envolées cinématographiques m’inspirent et ça se retrouve dans ma musique. Même les jeux vidéos, j’ai été très geek à un moment et la musique des jeux vidéos est aussi magnifique. Ça fait des oeuvres complètent incroyables. J’ai composé pour des bouts d’émissions, des documentaires, des publicités, j’ai plein de titres en parallèles, environ 400 ou 500 titres à mon nom, Sandy Lavallart dans la Sacem. J’ai aussi travaillé pour des orchestres et ça a dû jouer pour l’écriture pour Kwoon parce qu’en ayant travaillé pour l’image, je me suis perfectionné en testant des choses. Un jour, j’ai fait enregistrer un concert entier à Prague pour une publicité pour BMW où j’avais écrit toutes les partitions et le fait de voir tous ces musiciens, ça m’a donné envie d’écrire encore plus. Au final, sans le savoir, je mettais mon nez dans le classique, de manière autodidacte et je pense qu’il y a une passerelle entre les deux qui doit se ressentir dans l’album. Il y a pas mal de cordes, elles sont moins costaud que ce que j’ai pu faire pour des gros projets mais pour moi elles portent un truc vraiment touchant et poétique.
Comme mot de fin…?
Bienvenue dans l’Odyssey, je sens que la machine est relancée, il y a un petit truc qui se passe, sur les plateformes, les mails que je reçois, il y a un truc qui s’agite et je suis très content de ça. Moi, je me rappelle à quel endroit j’ai écrit telles paroles et t’as des gens qui t’envoient des mails et des messages en te disant « Merci, j’ai mis ça a mon mariage ! » Et quand tu lis ça et que tu vois que tu touches quelqu’un à l’autre bout de la planète, c’est incroyable. Donc merci à tous ceux qui écoutent, à ceux qui partagent et s’ils veulent m’envoyer des messages, je réponds à tout !