Chronique – « The Screaming Of The Valkyries » – CRADLE OF FILTH

Avec « The screaming of the valkyries » via Napalm records ce 21 Mars 2025, CRADLE OF FILTH, s’apprête à marquer une nouvelle ère dans sa discographie. Ce quatorzième album studio s’annonce comme une synthèse parfaite entre le passé gothique et symphonique du groupe et une volonté d’expérimentation qui pourrait surprendre les fans de la première heure. Depuis ses débuts en 1991, le groupe mené par Dani Filth a toujours su évoluer sans renier ses racines. Après le succès critique de « Existence is futile » (2021) qui mêlait habilement noirceur mélancolie et fureur, CRADLE OF FILTH semblait à un tournant. Avec cet album, la formation britannique pousse encore plus loin son exploration sonore, en associant son imagerie gothique à une production moderne et des arrangements d’une richesse inédite.
« The screaming of the Valkyries » évoque une imagerie nordique et épique. Dani Filth connu pour son goût des thématiques ésotériques et mythologiques, a expliqué que l’album s’inspirent des légendes des Valkyries, ces guerrières ailées du panthéon nordique chargées de guider les âmes des guerriers défunts vers le Valhalla. L’album transpose cette vision à une ère post-apocalyptique ou les Valkyries devenues messagères de la destruction, annoncent la fin du monde gangrené par le vice et la décadence. Les textes toujours aussi poétiques et empreints d’une prose ténébreuse, explorent des thèmes comme la fatalité, le déclin de la civilisation moderne. On retrouve aussi une influence littéraire chère à Dani Filth. Sur le plan musical « The screaming of the valkyries » marque une nouvelle étape dans l’évolution du son de CRADLE OF FILTH. Toujours produit par Scott Atkins, déjà aux commandes des derniers albums du groupe, cet opus promet une approche plus cinématographique, avec une présence accrue des orchestrations et des chœurs. Si les éléments gothiques et symphoniques restent omniprésent, le groupe semble ici jouer davantage sur des contrastes saisissants. Les guitares sont plus tranchantes avec des riffs acérés, flottant parfois avec le thrash et le black metal pur et dur. Les morceaux s’enchainent avec une dynamique impressionnante, alternant passages épiques et accélérations frénétiques, portée sur la double pédale survoltée de Martin Matthis Shakoupka. Le travail sur les claviers et les orchestrations atteint un sommet, avec des arrangements qui rappellent parfois Dimmu Borgir ou même des musiques de films fantastiques. On note aussi des morceaux plus lents et pesants, où l’ambiance suffocante prend le pas sur la vitesse d’exécution. Des morceaux qui s’annoncent déjà cultes, parmi les titres les plus marquants « To live Deliciously » qui donne immédiatement le ton, ce morceau joue une tension permanente, avec des breaks théâtraux et des chœurs grandioses. Dani Filth y alterne growls déchirants et murmures inquiétants dans une performance vocale impressionnante. Un autre morceau clé « Non omnis moriar » se distingue par une approche quasi orchestrale, où les cordes et les chœurs évoquent une bataille céleste. Ce titre rappelle les heures de gloire de l’album « Dusk….and her embrace »(1996) avec une atmosphère gothique omniprésente. L’une des surprises majeures de l’album est « Ex sanguine draculae » qui introduit un riff principal évoquant presque du King diamond. Ce morceau montre que CRADLE OF FILTH n’hésite pas à injecter des influences variées tout en conservant son ADN unique.
Avec « The streaming of the valkyries » CRADLE OF FILTH réussit un pari audacieux celui de se renouveler sans trahir son identité. L’album conjugue la noirceur baroque de « Midian » (2000) et « Nymphetamine» (2004) avec une approche plus moderne et grandiose. La production est impeccable, chaque instrument trouve sa place et l’ensemble dégage une puissance évocatrice rare. Certains puristes du Black metal originel regretteront peut-être cette direction toujours plus orchestrale, mais force est de constater que CRADLE OF FILTH excelle dans cet exercice. L’album est un véritable opéra du chaos, alternant fureur et beauté dans un équilibre maîtrisé. En somme « The streaming of the Valkyries » s’impose comme un album majeur dans la carrière de CRADLE OF FILTH, une œuvre dense et fascinante qui risque bien de marquer 2025 de son empreinte ténébreuse.

Artiste : CRADLE OF FILTH
Album : The Screaming Of The Valkyries
Date de sortie : 21 MARS 2025
Label : NAPALM RECORDS